Du Ciel au-dessus de la Tête

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Du 7ème arrondissement de Lyon jusqu'aux rives du Lac Baïkal, il y a quelques kilomètres que je projette de parcourir à vélo. Je suis déjà à mi-parcours (07/2016), en Ouzbékistan, dans les villes de la Route de la Soie. Prochaine grosse étape : les montagnes du Pamir, au Tadjikistan.

  • Solo
  • 300 jours
  • 7500 kms

L’itinéraire

En regardant une carte du monde, j’imagine passer par l’Italie, la Slovénie, la Croatie, l’Albanie, la Macédoine, la Grèce, la Turquie, l’Iran puis les quatre pays d’Asie centrale -Turkménistan, Ouzbékistan, Tadjikistan et Kirghizstan, puis un bout du Kazakhstan, de la Chine, la Mongolie et remonter vers le lac Baïkal en Russie. Tout peut changer au fur et à mesure des rencontres, des ouvertures et fermetures de frontières, de la géopolitique et des tensions internationales… Ceci est donc juste une idée d’itinéraire, soumise aux aléas du voyage.

Par contre, les itinéraires de GoogleMaps ne permettent pas de passer pas la Chine. En réalité, il faut imaginer qu’entre le Kirghizstan et la Mongolie, je devrais traverser la province chinoise du Xinjiang et pas passer par le Nord, Kazakhstan et Russie.

Quelques extraits de mon blog

Franchissement des Alpes

Depuis quelques jours, la route remonte les rivières : la Drôme, la Durance, l’Ubaye. Au départ, la Drôme des collines offre un visage plutôt lisse, quoiqu’un peu monotone avec ce temps couvert, ce mois de février et la période hors-saison. Il y a toujours un côté un peu déprimant à traverser des régions à haute fréquentation touristique estivale. Les rideaux de fer ne donnent pas franchement la pêche… Mais plus je m’enfonce dans les vallées alpines, plus les cimes s’élèvent et le paysage devient brutal et sauvage. Dans la vallée de l’Ubaye, les falaises de schiste, taillées par les glaciers des temps passés, dégringolent jusque dans le lit bleuté de la rivière. La route se fraie un passage sur ses rives, passant de l’une à l’autre chaque fois qu’un obstacle est trop difficile à éviter.

Dans les hautes vallées de l’Ubaye, je passe la nuit chez les parents de mon ami Pittolut, qui ont une maison de vacances sur les hauteurs de Jausiers, dernier gros village avant la montée au Col de Larche. On passe la soirée à déplier les vieilles cartes de la Yougoslavie et de la Turquie, datant des années 1990 et à imaginer mon itinéraire pour les semaines qui viennent. Tout le monde s’y met, les parents de Pittolut, son oncle et sa tante. Christine me met en garde contre les « sauvages » de l’Est de la Turquie et les coupe-gorges éventuels… C’est noté !

Le lendemain, c’est la montée au col. Je savais qu’il était fermé aux vélos pour cause de risques d’éboulement mais en partant vers 9h du matin, le trafic est très limité et il y a peu de chance que je croise les autorités. La gendarmerie me double dans la montée sans même freiner à ma hauteur. Ça passe ! J’imaginais un col ardu, plein de montées casse-pattes, en fait c’est ce que j’appelle un « col à camion », jamais plus de 5% de pente, joliment tracé. On prend son rythme dès le départ, et on le garde jusqu’en haut, à 1996 mètres d’altitude. J’imaginais aussi des camions par dizaines, me frôlant à me faire tomber dans les précipices. Encore une fausse idée : il n’y a pas de précipices et je croise moins d’une dizaine de camions dans le sens inverse et un seul camion me dépasse, à quelques mètres du col. Les quelques conducteurs m’encouragent, me font des pouces en l’air, klaxonnent. C’est le Tour de France en version solitaire. Au col, la neige est partout sur les pentes environnantes, les sommets culminent à plus de 3000 mètres. Soleil ! Derrière, c’est l’Italie ! Et 1100 mètres de dénivelé négatif…

Deux jours en Macédoine

Il est arrivé trempé, transi et la faim au ventre. J’en étais à mon deuxième raki. Il était 10 heures du matin.

George a repéré mon vélo, posé contre la maison de bois qui sert de refuge aux travailleurs routiers. Au sommet du petit col, 500 mètres au-dessus d’Ohrid, la route de Bitola reflétait l’uniformité grisâtre du ciel. Je m’étais arrêté dans cette petite cahute, trempé par la pluie froide.

Lorsqu’on leur annonce notre destination, ils se prennent la tête entre les mains et lèvent les yeux au ciel. On passe pour des fous.

Il faut quelques secondes pour que les yeux s’habituent à la pénombre qui règne à l’intérieur. Trois gaillards fument des cigarettes autour d’une table tandis qu’un poêle ronflant tente de repousser le froid dans les coins. Aux murs, des posters de femmes dénudées et des réclames pour la toute dernière Renault Espace de 1994. Un calendrier religieux, aussi. Je pose mes affaires autour de la source de chaleur et les écoute parler à voix forte. Parfois, ils s’interrompent pour me poser quelques questions dans un mauvais anglais avant de repartir dans leur conversation. On me sert du raki, du café turc, je me réchauffe un peu. George reproduit les mêmes gestes une heure plus tard. On ne s’était pas donné rendez-vous, on s’était quitté avant le tunnel à la sortie de Kotor, au Monténégro. Il faut se faire violence pour s’extraire de la douce chaleur du poêle et affronter la descente à 60 à l’heure vers la prochaine plaine. Au sommet de la pente suivante, on retrouve une cahute similaire, où Alex nous sert du café. On passe ainsi la journée, passant d’une bulle de chaleur à l’autre, accueillis par les sourires des ouvriers de la route. Lorsqu’on leur annonce notre destination, ils se prennent la tête entre les mains et lèvent les yeux au ciel. On passe pour des fous.

La traversée de la Macédoine se fait dans la grisaille. On ressort les habits d’hiver. Hier soir, à Ohrid, je cherche un endroit où poser le bivouac. Dans une station service, je demande au pompiste un carré de pelouse. Il m’indique la propriété juste derrière, qui appartient à son oncle, directeur d’une entreprise agricole. Il m’offre le couchage dans une pièce de 4 mètres sur 4 au sol de béton, meublée de 2 tables, quelques chaises et d’un poêle à bois. Je passe la soirée avec le gardien, qu’on dirait tout droit sorti d’un roman de Tolkien, catégorie « nain de la Moria ». Un gars tout content de m’accueillir et qui me regarde avec attention déballer le contenu de mes sacoches, installer la tente sur la dalle de béton. On boit le café ensemble, on échange quelques phrases, difficilement. Le lendemain matin, la pièce se remplit des ouvriers venus travailler dans les linéaires de serres en plastique où poussent des végétaux non-identifiés.

L’arrivée à Bitola se fait à grande vitesse et sous une pluie battante, sur une route fermée pour travaux. Les chaussures se transforment en piscine, on prend une chambre dans une auberge de jeunesse du centre-ville. En partant le lendemain, le thermomètre affiche 0°C et il se met à neigeoter sans conviction. Fera-t-il meilleur en Grèce ? On le saura dans une heure.

Iran : Une semaine sur les hautes plaines du peuple Kashkaï

Depuis que j’ai quitté Ispahan, je n’ai passé qu’une seule nuit sous tente. C’était beau, je n’avais pas mis le double-toit et j’ai longtemps regardé les étoiles, flotter au-dessus du verger de pommiers. Toutes les autres nuits, les iraniens m’ont ouvert leurs portes. Un soir, c’était une famille d’agriculteurs dont les enfants de mon âge étaient revenus pour quelques jours. J’ai passé 36 heures avec eux, à apprendre des mots de farsi et à regarder la course du soleil au-dessus des hautes plaines. Un autre, c’était sur le tapis poussiéreux de cultivateurs de patates, qui ont passé des heures à fumer les vapeurs de petits carrés d’opium à travers de longues pipes, en le mettant en contact avec un tison chauffé à blanc sur un camping-gaz. Ils ont discuté jusque tard dans la nuit, j’ai dû m’exiler dans la pièce voisine pour pouvoir dormir, la tête coincé entre deux sacs de pommes de terre.

Ici, c’est le territoire du peuple Kashkaï, anciennement le plus grand peuple nomade au monde, aujourd’hui largement sédentarisé, qui prenait ses quartiers d’été sur ces hautes terres, entre Ispahan et Shiraz, à 2200 mètres d’altitude. On voit souvent leurs tentes et leurs petits corrals pour les troupeaux de moutons, des confettis dans l’immensité du paysage.

Passer ses journées dans une maison où on entend des rires dans toutes les pièces, avec près de 25 personnes

Un midi, j’ai rencontré Jawad, ou plutôt il a arrêté sa voiture devant moi, en bord de route. Il m’a invité à déjeuner chez lui, dans sa maison avec jardin, dans un petit village posé sur les bords d’une grande plaine. Je pensais qu’on allait être en tête-à-tête. Que j’allais reprendre la route de Shiraz dans la foulée. Pas du tout. Je suis tombé en pleine fête de famille et j’y suis resté trois jours. La jour de la mort de l’ayatollah Khomeini est férié. Inespéré pour un voyageur solitaire : passer ses journées dans une maison où on entend des rires dans toutes les pièces, avec près de 25 personnes, la mère, la grand-mère, les 4 sœurs et les 3 frères, les oncles et tantes, leurs enfants, les cousins, à tourner autour de la maison en suivant l’orientation du soleil, l’étirement et la disparition des ombres. Le matin contre le mur du fond du jardin, le midi sous l’arbre central, le soir blotti contre la maison. Boire des thés brûlants, jouer au volley à la tombée du jour jusque tard dans la nuit, partager des repas gargantuesques, assis en tailleur dans la grande salle principale. Gravir la montagne voisine à 6 heures du matin pour prendre son petit-déjeuner au sommet, le thé chauffant sur un feu de bois sec, puis redescendre avant les chaudes heures de la journée.

Et quel plaisir de voir enfin les femmes sans leurs voiles. Des cheveux, des formes, de la féminité ! Les hauts murs qui entourent la propriété protègent bien plus des regards extérieurs que de l’intrusion d’un éventuel cambrioleur. Les jardins privés délimitent les espaces de liberté des iraniens. L’alcool, pourtant absolument interdit, circule autour du feu de joie. Ici, j’ai compris que les iraniens ont deux vies. Une publique et une privée. Il fallait franchir les murs de cette maison pour en faire l’expérience. Quelle étrangeté, une fois le week-end terminé, de voir les femmes se couvrir et changer de visage…

J’ai été adopté par la famille. Une fois à Shiraz, l’oncle et la tante de Jawad, Ali et Maryam, m’ont invité pour visiter la ville. J’y suis toujours…

Retrouvez tous les articles du blog et suivez-moi sur http://ducielaudessusdelatete.fr

Pour conclure :

Le voyage à vélo est à la portée de tous. Combien de fois ai-je entendu l’histoire d’amis invité le temps d’un week-end et qui ont foncé acheté un vélo dès le lendemain pour prendre la route à leur tour ?

Alors lancez-vous, la route est à vous !

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Commentaires

  • Le 20 juillet 2016 à 23h14

    Merci Pierrot pour ce partage. Tu as l’air de t’éclater et d’en prendre plein les yeux et le coeur. :-)
    Bonne suite de voyage !

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Période

Février à décembre 2016

Type de vélo

VTC

Budget par jour

10€ euros

Pays traversés

Albanie - Bosnie - Croatie - France - Italie - Macédoine - Monténégro - Slovaquie - Turquie - Kazakhstan - Kirghizstan - Mongolie - Ouzbékistan - Chine - Turkménistan